Where The Wild Things Roam, Geranium

Depuis le chemin
19
Ishita Chakraborty Where The Wild Things Roam, Geranium
Datation: 2026
Technique: Acrylique sur toile encollée sur du tissu de sari en coton

Un grand dessin de géranium, issu d’une illustration scientifique et appliqué sur un tissu de sari Chapa indien, se dresse au milieu du verger de Szilassy. Ishita Chakraborty mobilise la figure de cette plante, aujourd’hui associée aux chalets suisses, pour interroger l’histoire de la migration. Introduite en Europe depuis l’Afrique australe par les circuits du commerce colonial du 17e siècle, le géranium s’est ancré dans le quotidien suisse jusqu’à devenir une forme de symbole national, soulevant la question de ce qui est perçu comme indigène ou étranger. La pratique artistique de Chakraborty propose justement un regard critique sur la complexité des migrations façonnées par les exploitations coloniales : Where The Wild Things Roam, Geranium, examine les interactions complexes entre nature, culture et genre dans un contexte postcolonial.

La botanique a été étroitement liée aux ambitions impériales. Des botanistes européens étaient souvent envoyés pour recenser et transporter de nouvelles espèces vers leurs pays d’origine, où elles étaient cultivées à des fins économiques, mais aussi pour leur valeur ornementale. Les jardins botaniques européens servaient de réservoirs de diversité végétale, mais symbolisaient aussi une fierté nationale et le progrès scientifique occidental.

L’usage du textile est récurrent dans la pratique artistique de Chakraborty. Ici, le tissu de sari Chapa, porté par les femmes des zones rurales ou semi-urbaines du Bengal, du Bihar et du Bangladesh, reflète les récits des corps féminins, qui ont historiquement contribué à l’agriculture de plantation, mais dont le travail a souvent été invisibilisé. Ce tissu de coton bon marché témoigne des inégalités et de leur rôle dans la crise climatique qui affecte particulièrement les communautés racisées.